Ombres chinoises et saveurs d’Amérique Centrale

"1, 2, 3, petits contes en chocolat" : un spectacle qui régale les yeux, les oreilles et les papilles


« Un, deux, trois, ça sent bon le chocolat... quatre, cinq, six, la cannelle et les épices… »
Pleins feux sur un étalage exotique : bâtons de cannelle, grains de poivre, gousses de vanille, noix de muscade, clous de girofle, piments. Et bien sûr, une cabosse et ses fèves de cacao. A peine entrés dans la salle, les visiteurs devinent, ravis, qu’il ne seront pas « chocolat » dans cette affaire : il y a de la dégustation dans l’air. Les plus curieux touchent et sentent ; les autres, intrigués, observent. En route donc, pour un voyage visuel et olfactif - mais aussi gustatif.

Attirés les couleurs vives et le décor précolombien des trois castelets, les plus jeunes spectateurs ne prêtent guère attention aux tables épicées. Traînant leurs doudous, ils s’avancent vers la scène, découvrent en chemin un fagot de petit bois et sa casserole prête à chauffer, s’assoient autour, le cul par terre. « Dis, Grand-Pé, raconte-moi la légende du chocolat… » La voix fluette sort d’une grosse marionnette de papier mâché. C’est Ti-Cao, sourire candide et œil malicieux, qui s’étonne de voir son papy griller des fèves. « Cette histoire se passe chez un homme fortuné. Il habitait en lisière d’une grande forêt, dans un pays appelé Guatemala. Un jour, cet homme fit venir auprès de lui ses deux fils… » Place aux ombres chinoises. Derrière la fenêtre des castelets se succèdent des tableaux végétaux fragiles et délicats, mi-paysages, mi-herbiers. Ces décors animés vibrent et résonnent de bruits étranges… nous voilà dans une forêt maya, parmi aras et pecaris… on entend au loin, sur les contreforts de la sierra, des incantations…
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Invisibles, deux conteuses manipulent les figurines de papier aux transparences chatoyantes. Par intermittences, elles font irruption sur le devant de la scène, incarnant les personnages, ponctuant leur histoire de questions, distribuant les épices qui entrent dans la recette traditionnelle du chocolat. Les enfants, très à l’aise, participent : « Ma mère, la cannelle elle en met dans la compote » ; « Moi le poivre, ça me fait atchoumer ! ». Puis le récit reprend, et les petits spectateurs restent bouche bée : sous leurs yeux, derrière « l’écran », un temple s’embrase... au sommet, en transe, des Mayas procèdent à d’étranges rituels… « Il y a de cela environ mille ans, dans une cité maya prospère, vivait un roi : Quetzalcóatl… » Un serpent à plumes s’envole par-delà les montagnes, au-dessus des nuages. Et – magie du théâtre – le voilà qui sort de l’écran !

Y-a-t-il une vie après Avatar ? Oui, répondent les comédiennes. Aujourd’hui, une fois le spectacle terminé, elles ont décidé de partager avec les enfants leurs secrets. Dévoilant l’envers du décor, elles expliquent comment faire du multiscreen avec seulement trois planches, une lampe de poche et du fil de fer. Une forêt enchantée avec quelques fleurs séchées. Jeu des devinettes : Le tonnerre ? - Du plexiglas épais qu’on secoue. Les éclairs ? - La flamme d’un briquet… Blockbusters, pop-corn et 3-D ne pèsent pas lourd face à toute cette ingénieuse technologie « bout-de-ficelle-et-pince-à-linge ». Les petits veulent essayer les effets spéciaux, et devenir magiciens à leur tour.

Quand soudain : « Chocolat chaud pour tout le monde ! » - et c'est la bousculade parmi nos apprentis magiciens. Effluves de cacao épicé qui emplissent la salle... En trempant les lèvres dans le fameux breuvage, on se dit que les grands prêtres Mayas ne s’y étaient pas trompés : le cacahuatl, c’est bel et bien divin !

Interprétation / manipulation : Sophie Bernert, Trinka Guerrah. Mise en scène : Sylvain Bernert. Décors : Sophie Bernert.''